TransGroenland

« Le désespoir c’est tout de même mieux que rien du tout, c’est palpable et tenace, plus que la joie qui ne dure jamais plus qu’on en peut supporter »

Nicolas Bouvier, Le Poisson-scorpion

_______________________________________________________________

Journal de bord – TransGroenland 2007

En avril / mai 2007, 3 Pôles s’engage dans une des dernières grandes aventures humaines : la traversée à ski du Groenland, le plus grand désert de glace de la planète après l’Antarctique,

– en 5 semaines sur plus de 700 km,
– en autonomie totale et sans aucune assistance.

Vendredi 11 mai 2007 – 37ème jour sur la calotte
Ils ont réussi !

Le jeudi 10 mai 2007 à 15h, un hélicoptère Bell 212 s´est posé sur la calotte glaciaire à quelques kilomètres de la mer, au sud d’Isortoq. Deux hommes barbus, le visage buriné par le froid et le vent et les yeux cernés de fatigue sont montés à bord : Olivier et Guillaume ont gagné leur incroyable pari.
Un itinéraire depuis longtemps inviolé, une expédition de 700 km réalisée juste à la fin de l’hiver dans des conditions extrêmes et dans le sens contraire des vents dominants, la solitude totale, l’effort, l’envie de repousser ses limites, l’amitié, la passion des régions polaires et de leurs violences, c’est tout ça la TransGroenland 2007.

« Nous sommes partis de la côte ouest du Groenland, face au continent américain ; nous voilà maintenant sur la côte est, face au continent européen. Quand j’essaie de me représenter ce que nous avons réalisé, j’ai l’impression d’être passé de l’autre côté du monde… de notre monde.
Ce fut plus difficile que tout ce que j’imaginais et ce que j’ai pu accomplir jusque là. Plus froid, plus venteux, plus long, plus loin de tout. 37 jours en autonomie complète pendant lesquels il a fallu tous les jours (ou presque) avancer, encore avancer ; 37 jours pendant lesquels j’ai souffert mille fois, douté encore plus ; 37 jours pendant lesquels il a fallu s’enfoncer vers l’inconnu, toujours plus loin dans ce grand désert blanc…
Et finalement, la côte est, l’autre côté du monde. Le bonheur est à la hauteur de nos peurs, de nos angoisses, de la déception immense que nous imaginions si nous n’avions pas atteint notre objectif.
Il y a quelques années, j’ai rêvé que je réalisais cette traversée. Le rêve est devenu réalité.
Merci pour votre soutien et vos messages d’encouragement. » Guillaume

« La côte est, l’arrivée ! Un moment magique et unique, la récompense ultime ! Cette impalpable impression de flotter, d’être en apesanteur. La fatigue aidant, j’avais la sensation d’un état second, associant sans distinction, le bonheur de la réussite, l’épuisement lié à l’effort et l’isolement et l’incapacité à prendre la mesure exacte de ce que je venais de réaliser.
Dans les derniers jours, les blessures successives (tendinites, contractures, gelures) bien que toujours présentes, étaient devenues « annexes ». Nous avancions car il le fallait mais aussi et surtout parce que nous nous étions déjà tellement battus, qu’avancer et se faire mal constituait notre quotidien. Dans ces derniers kilomètres la motivation fut notre unique moteur.
Ces 37 jours resteront à jamais gravés en moi.
Merci à tous de nous avoir accompagnés dans cette expédition. » Olivier

Mercredi 9 mai 2007 – 35ème jour sur la calotte
Dernière ligne droite

Isortoq est désormais à moins de 100km : depuis près d’une semaine, Guillaume et Olivier mettent les bouchées doubles pour boucler leur aventure en beauté. Avec une moyenne de 30km / jour, s’ils poursuivent sur ce rythme, la TransGroenland 2007 se terminera dans les temps.

Cependant le temps des surprises n’est pas fini : eux qui pensaient trouver sur la dernière partie de leur traversée une pente douce qui les amènerait sans effort ( !) à Isortoq ont eu la déconvenue de retrouver les congères si pénibles sur le début de leur trajet. Des amas de 15/20 cm de glace qui empêchent leur pulka de glisser sereinement.
Si les esprits résistent, les corps sont fatigués, perclus de tendinites et d’autres bobos polaires…

Cette newsletter sera la dernière envoyée depuis Paris ; la prochaine vous parviendra en direct de Kulusuk, charmante bourgade sur la cote Est du Groenland, avec pour rédacteurs en chef, l’équipe de choc : Olivier et Guillaume au clavier !

Jeudi 3 mai 2007 – 27ème jour sur la calotte

Guillaume et Olivier ont enfin dépassé le sommet de la traversée (2550 m) après avoir affronté une forte dépression météo : le week-end dernier fut marqué par des vents très puissants (+ 80 km/h) alliés à des chutes de neige. Les températures, qui remontaient légèrement ces derniers jours, ont de nouveau chuté aux alentours de -35°c.

Dans ce contexte mouvementé la progression est très ralentie. Si depuis plus d’une semaine le rythme quotidien dépassait largement 20 km, la tempête a eu tôt fait de nuire à cette moyenne. Dans ces conditions peu engageantes voire franchement hostiles tout se complique et des accidents sont vite arrivés. Vendredi soir il leur a fallu pas moins de 2 heures pour monter leur abri, un arceau ayant cassé net sous la pression des rafales de vent. S’en est suivie une longue séance de bricolage sous la tente. Entre temps Olivier ne s’est pas aperçu que son gant s’était troué. Le soir, sous la tente, il a vu le trou et … son doigt gelé. Il a contacté immédiatement les médecins d’Ifremmont (leur support médical) afin de prendre le traitement adéquat pour cette blessure qui heureusement reste sans gravité. Mais le climat commence à faire des dégâts…

Heureusement l’issue est proche : un hélicoptère est réservé pour le 10 mai à Isortoq.
Encore 10 jours de course contre la montre pour rattraper le retard du aux intempéries. Une dernière ligne droite particulièrement difficile avec une météo peu conciliante et des conditions physiques de plus en plus dégradées… courage les amis, tout le monde est avec vous !

Zoom sur les moyens de communication

Olivier et Guillaume donnent des nouvelles tous les 2 jours par téléphone satellite. Pour éviter tout risque de redite du facheux épisode de l’Islande 2004 (pour lire le récit : cliquez ici), ils ont cette fois-ci été très prévoyants : non pas un mais deux téléphones Irridium, une balise, un GPS…

Ils contactent Marielle, support logistique de la TransGroenland à la scène et femme d’Olivier à la ville. Ils lui indiquent leur position GPS, leur progression et leur santé physique et morale. En retour, elle leur donne les dernières nouvelles de … la météo ! Rien de très personnel dans ces conversations de 2mn, sauvegarde de la batterie du téléphone oblige.

Une fois tous les 10 jours, ils s’autorisent tour à tour une conversation plus privée avec leur base arrière respective. C’est court, rarement plus de 10 mn, mais ces quelques minutes mettent du baume au cœur des 2 cotés de l’Atlantique… en attendant la vacation suivante et surtout les retrouvailles sur la banquise.
Plus que 10 jours !

Mercredi 25 avril 2007 – 22ème jour sur la calotte
252 km parcourus – ~ 2 000 m d’altitude

Olivier et Guillaume sont bientôt au plus haut de leur parcours : les 2 500 m au centre de la traversée semblent inatteignables. Le froid, exceptionnel pour la saison, et les vents souvent de face ne rendent pas la partie facile.

Les « petits » maux se multiplient ; ils souffrent tour à tour de tendinite au talon d’Achille, le mal par excellence du marcheur. La solitude également est de plus en plus lourde à supporter : même si le soir, ils sont à 2 sous la tente, pendant la journée les discussions sont rares et les coups de blues sont fréquents.

Une fois le sommet de la traversée atteint tout deviendra plus simple : ils s’éloigneront progressivement de l’épicentre du froid pour se diriger vers la côte et une descente en pente douce les amènera au terme de cette épopée.

Leçon de gastronomie polaire

Une question récurrente sur le site 3poles.fr concerne le régime alimentaire de nos aventuriers. Comment se nourrit-on au Groenland ?

Guillaume et Olivier sont partis de Paris avec 35 sacs chacun composant leur ration quotidienne : céréales, lait lyophilisé, riz au lait et cake pour le matin, nouilles chinoises et barres chocolatées pour le déjeuner, soupe, plat lyophilisé, babybel et compote pour le dîner. La ration quotidienne représente environ 6 000 calories.

La principale carence concerne les lipides qui sont très peu présents dans les divers aliments en poudre. Pour pallier ce manque, fruits secs et Pemmican : les Amérindiens préparaient ce mélange afin de survivre aux rigueurs de l’hiver. Littéralement « graisse fabriquée », il s’agit de viande séchée – habituellement du gibier ou du bison – broyée en poudre et mélangée à une quantité égale de graisse fondue (!).

Le plus dur? L’aspect répétitif de ce régime et les boissons. Seulement 5 menus différents pour plus d’un mois de traversée. Au retour de leur dernière expédition, Olivier comme Guillaume étaient nauséeux rien qu’à l’évocation des nouilles chinoises mais faute de grives… L’eau, de la neige fondue, a un goût assez marqué : elle prend le goût de la gamelle (également utilisée pour faire la « cuisine ») et du pétrole. Boire est tout sauf un plaisir malgré le thé et autre additif sensé masqué le parfum de gasoil.

Mercredi 18 avril 2007 – 15ème jour sur la calotte

Les conditions météo sont toujours aussi glaciales (entre -30 et -40°) mais nos 2 amis sont maintenant plus aguerris au froid polaire. Leur progression devient plus régulière avec une moyenne de 15 km parcourus par jour cette dernière semaine.
En s’éloignant de la côte, ils quittent enfin un terrain couvert d’une pellicule de neige et de congères formées par le vent qui freinaient leur avancée.

Face à eux maintenant, le désert de glace. Le sol plus dur et l’absence de précipitation facilitent leur progression. Les pulkas glissent mieux mais restent lourdes, près de 90 kg chacune.
La charge étant difficile à répartir équitablement, Guillaume et Olivier se relaient un jour sur deux, pour traîner la plus lourde, « affectueusement » baptisée la Grosse Bertha. Celui qui tire la plus légère trace la voie et impose un rythme soutenu. Le 2ème galérien suit tant bien que mal. Ils se sont fixés des objectifs croissants de progression. Leur consommation de vivres et de pétrole allégeant les traîneaux, ils vont chaque jour plus vite que la veille.

La seule mésaventure de la semaine concerne leur réchaud qui ne fonctionnait plus. Un incident technique qui aurait pu tourner à la catastrophe car sans réchaud plus d’eau ni de nourriture. Après deux soirées un peu tendues sous la tente, ils sont fort heureusement parvenus à le réparer.

L’ambiance et la santé sont donc bonnes et Isortoq est dans la ligne de mire.… à 450 km.

Jeudi 12 avril 2007 – 7ème jour sur la calotte

Olivier et Guillaume sont partis depuis une semaine maintenant ; ils avancent très lentement : seulement 1.7 km le premier jour ; 1.4 km le lendemain. Le dénivelé explique cette progression ; il faut d’abord gravir 700m avant d’atteindre la calotte.

Vendredi, premier jour sur le plateau, les a vu progresser de 5-6 km, 7km le lendemain. C’est lent. Le terrain est difficile à cause des congères formées par le vent qui freinent leur avancée. Les pulkas chargées des vivres et du matériels sont lourdes, plus de 100 kg chacune. Le harnais ventral leur retourne les tripes.

Il faIt vraiment très froid, les températures descendent à -40° et le vent n’arrange rien. Ils passent leur temps à essayer de se réchauffer, les pauses durent quelques minutes à peine ce qui rend leurs journées épuisantes.

Sous la tente, il fait près de -30°. Leurs nuits s’entrecoupent de réveils où il faut remuer pour se réchauffer. Bouger n’est pas aisé dans leur sac de couchage pleins de leurs téléphones satellites et appareils électroniques en tout genre… à ces températures, si on veut protéger les batteries du gel, il faut faire rempart de son corps !

Malgré ces conditions éprouvantes, le moral est très bon ; ils l’ont rêvé, ils y sont. La souffrance et la fatigue font parties du jeu.

Mercredi 4 avril 2007
C’est parti ..

Olivier et Guillaume ont terminé leurs préparatifs à Ilulissat : approvisionnement en pétrole, dernières démarches administratives auprès des autorités locales, ultime répétition des procédures de suivi et de communication… Troisième ville du pays, Ilulissat (4000 habitants) est une vraie ville… pour le Groenland. Les parisiens y tournent vite en rond et une petite semaine dans ce tranquille port de pêche parait une éternité, surtout quand le tourisme « citadin » n’est pas la finalité du voyage. Ils ont été rejoints lundi par l’équipe de France Télévision dans conditions difficiles : beaucoup de neige, du vent, une visibilité très mauvaise,… mais l’équipe est désormais au complet.

Le début de l’aventure, initialement prévu mardi, a du être repoussé au lendemain à cause d’une météo houleuse, l’hélicoptère ne pouvant pas décoller.

Le ciel s’est dégagé, l’hélicoptère a pris son envol aujourd’hui à 16h (Ilulissat time) avec à son bord Guillaume et Olivier, plus motivés que jamais, et les journalistes. 50 minutes de trajet pour arriver au point de départ de la TransGroenland, au pied du Glacier Eqip Sermia, un colosse de glace qui s’étend sur plus de 7 km.

Et ce soir, ce sera le premier camp de base, le froid, le silence, le grand blanc, le début du rêve…

Lundi 19 mars 2007
Un tandem soudé et expérimenté

La TransGroenland sera réalisée par deux passionnés des milieux polaires ayant une solide expérience des régions arctiques et plusieurs expéditions à ski nordique en autonomie complète à leur actif. Ils ont notamment conduit ensemble des expéditions en baie de Disko, sur la côte ouest du Groenland en 2005, sur le haut plateau islandais l’année précédente et au Spitzberg, dans l’archipel du Svalbard, en 2002.

Marié, 32 ans, Guillaume Hintzy a également participé à un raid en traîneau à chiens en Terre de Baffin, dans l’arctique canadien, en 2001. Il partage son temps entre les expéditions polaires et la haute montagne. Hormis divers sommets dans les massifs du Mont Blanc et du Mont Rose, il a réalisé l’ascension du Mera Peak (6480 m) au Népal en 2003, du Mustagh Ata (7546 m) en Chine en 2005 et du Kilimanjaro (5895 m) en Tanzanie à l’automne dernier.

Olivier Le Piouff, 40 ans, a une petite fille et partage sa vie avec Marie et ses deux enfants. Ils attendent un nouveau bébé qui naîtra en juin prochain. Olivier a également réalisé une expédition à ski nordique en Laponie finlandaise en 2003.

Calendrier de la TransGroenland 2007

L’expédition devrait s’étaler sur une durée de 5 à 6 semaines. 30 jours au minimum seront nécessaires pour traverser la calotte glaciaire. Nous prévoyons également 5 jours de sécurité supplémentaires, en fonction des conditions météo et de la vitesse de progression.

Notre équipe décollera de Paris le 29 mars en direction de Copenhague au Danemark. Le lendemain, elle prendra un vol à destination de Kangerlussuaq, l’aéroport international et la plate-forme de correspondance de la côte ouest du Groenland, puis un second vol vers Ilulissat.

Le 31 mars et le 1er avril seront consacrés aux derniers préparatifs, à une dernière vérification du matériel et à une ultime répétition des procédures de suivi et de communication avec l’équipe d’assistance à Paris.

Le 2 avril, Guillaume Hintzy et Olivier Le Piouff seront transférés en hélicoptère au bas du glacier Eqip Sermia, ancien point de départ des Expéditions Polaires Françaises de Paul-Emile Victor. Dès le lendemain, ils entameront la grande traversée de la calotte glaciaire qui prendra fin un mois plus tard à proximité d’Isortoq, un minuscule village sur la côte est du Groenland.

Dimanche 18 fêvrier 2007
Historique des traversées du Groenland

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’intérieur des terres du Groenland était totalement inconnu.

En 1888, Fridtjof Nansen réalise, en 40 jours, la première traversée du Groenland, sur environ 500 km, au sud du 65ème parallèle.
Quatre ans plus tard, celui qui consacrera sa vie au Pôle Nord, l’américain Robert Peary, réédite l’exploit de Nansen. Il faudra attendre 1909 pour que ce même Robert Peary revendique la conquête du Pôle, avec l’aide de traîneaux à chiens. Si il fut de manière certaine le premier homme à atteindre 88° de latitude nord, sa victoire sur le Pôle est, en revanche, sujette à caution.
L’explorateur polaire Knud Rasmussen réalise la traversée en 1912, puis Paul-Emile Victor accompagné de Robert Gessain, Michel Perez et Eigil Knuth est le premier français à traverser l’inlandsis en 1936, avec l’aide de traîneaux à chiens.

Au cours des dernières décennies, quelques grands noms de l’exploration polaire ou de l’alpinisme se sont confrontés à cette traversée mythique.
En 1988, Jean-Louis Etienne, le premier homme à avoir atteint le Pôle Nord à skis et en solitaire, prépare au Groenland la traversée du continent antarctique en traîneaux à chiens qu’il conduira, un an plus tard, avec Will Steger.
En 1993, Reinhold Messner, le premier homme à avoir gravi les 14 sommets de plus de plus de 8000 mètres de la planète et à avoir atteint le sommet de l’Everest sans oxygène, et son frère Hubert tentent la traversée mais sont arrêtés par de mauvaises conditions météorologiques.
En 1993 également, la légende polaire Marek Kaminski, le premier homme à avoir atteint le Pôle Nord et le Pôle Sud en autonomie totale et sans assistance, tente et réussit la traversée.
Puis Laurence de la Ferrière, qui a établi plusieurs records mondiaux féminins d’ascension en haute altitude et sans oxygène et fut la première française à atteindre en solitaire le Pôle Sud, se lance dans la traversée en 1995 en compagnie d’Alain Hubert.
La même année, Antoine de Choudens, du Groupe Militaire de Haute Montagne, réalise également la traversée ; peu connu du grand public, il est pourtant le premier homme au monde à avoir atteint les « 3 Pôles » sans assistance : le Pôle Nord en 1996, l’Everest (sans oxygène) en 1997 et le Pôle Sud en 1999.
Enfin, Mike Horn, qui depuis a réalisé un tour du monde par le cercle arctique, puis a atteint le Pôle Nord en compagnie de Borge Ousland, réussit la traversée en 2002, après une tentative infructueuse en 2001.

Samedi 20 janvier 2007
Témoigner avec 3 Pôles pour protéger les régions polaires

Depuis de nombreuses années, nous sommes passionnés par les régions polaires et nous les avons vu évoluer au fil de nos expéditions.
Au-delà du défi sportif et de la formidable aventure humaine, nous souhaitons que l’expédition TransGroenland 2007 soit l’occasion de partager notre passion de ces immensités polaires et permette de sensibiliser le grand public à la sauvegarde de la planète et à la défense des terres polaires.

Première réserve d’eau douce de l’hémisphère nord, le Groenland est particulièrement touché par le réchauffement climatique. Lors de notre précédente expédition en 2005 sur la côte ouest du Groenland, nous avons pu constater une diminution importante de la banquise côtière et une accélération de la fonte des glaciers polaires. L’exemple le plus marquant est celui du fjord situé au sud d’Ilulissat dont le glacier, qui produit le plus important volume d’iceberg de l’Arctique, a reculé de plus de 11 kilomètres depuis le début des années 60.
Une étude internationale sur le climat en Arctique (Arctic Climate Impact Assessment), publiée en novembre 2004, a révélé que cette partie du globe s’est réchauffée deux fois plus vite que le reste de la planète au cours des dix dernières années. Cette étude relevait que les régions arctiques connaissent « certains des changements climatiques les plus rapides et sévères sur Terre » et que la fonte des glaces dans cette zone avait contribué à augmenter le niveau de la mer dans le monde de 7,6 centimètres ces vingt dernières années.

Le Grand Nord est un milieu naturel fragile et essentiel à l’équilibre de notre planète. Les mers qui entourent le Groenland participent notamment à la formation des grands courants maritimes, au renouvellement des eaux océaniques et à la reproduction des grands mammifères marins.
Bien que le Groenland soit faiblement peuplé, ses eaux et ses glaciers côtiers sont particulièrement touchés par les effets de la pollution humaine générée par les pays industrialisés. Les polluants organiques persistants (POP), qui incluent les dioxines hautement toxiques et les PCB (bi phényles polychlorés) ainsi que divers pesticides comme le DDT et la dieldrine, sont transportés sur de longues distances dans l’atmosphère et se déposent dans les régions froides.
Les populations Inuit qui vivent dans l’Arctique, outre la transformation de leur environnement (changement des modes de vie, appauvrissement des zones de pêche et de chasse,…), figurent parmi les peuples les plus contaminés de la planète car ils dépendent de sources d’alimentation marines riches en graisses – poissons et phoques – dans lesquelles s’accumulent ces polluants.
Enfin, comme toutes les espèces animales vivant dans l’Arctique, l’ours polaire est l’autre victime emblématique de ces produits chimiques et des transformations rapides du climat arctique. Avec la réduction de la surface de la banquise, son habitat naturel, l’ours polaire est contraint de remonter toujours plus vers le nord et fait désormais partie des espèces animales menacées.

Mercredi 27 décembre 2006
Une expédition polaire mythique

Avec le Pôle nord et le Pôle sud, la traversée du Groenland fait partie des grands raids mythiques à ski et constitue l’une des expéditions polaires les plus engagées.
L’itinéraire que nous avons retenu représente plus de 700 kilomètres, soit 5 semaines en isolement total.

Nous progresserons à ski nordique en tirant une pulka (traîneau) de 100 kg.
L’expédition sera réalisée sans assistance (aucun moyen motorisé, chien de traîneau ou voile de traction) et en autonomie totale (aucun ravitaillement).

Dans un désert de glace totalement inhospitalier, notre équipe devra franchir des glaciers très crevassés afin d’atteindre la calotte glaciaire puis devra affronter des températures extrêmes (-10° à -45°c) et des vents catabatiques violents pouvant atteindre plus de 300 km/h.

Itinéraire de la traversée

Tous les ans, 6 à 8 expéditions de toutes nationalités tentent la traversée de la calotte glaciaire en suivant le cercle arctique.

Nous avons choisi un itinéraire beaucoup plus au nord, très peu fréquenté, qui fut emprunté en 1936 par Paul-Emile Victor en traîneaux à chiens.
Le départ se fera au pied du glacier Eqip Sermia que nous gravirons sur 800 mètres d’altitude pour atteindre la bordure de la calotte glaciaire. Puis nous progresserons pendant les deux premières semaines jusqu’à plus de 2 500 mètres d’altitude. Enfin, une descente en pente douce nous amènera au petit village d’Isortok, situé au cœur du district d’Ammassalik, dans un univers accidenté.