Logan

« On peut rarement convaincre les gens au-dessus de quarante ans de manière durable. A dix-huit ans, nos convictions sont des montagnes d’où nous regardons ; à quarante-cinq, ce sont des grottes où nous nous cachons. »

Francis Scott Fitzgerald

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Présentation du Logan

Perdu au cœur d’un immense complexe de glaciers dont les plus longs peuvent atteindre 150 km de long, le mont Logan est une montagne massive, probablement la montagne possédant la plus grande circonférence parmi les reliefs terrestres non-volcaniques. En outre, 11 de ses cimes s’élèvent à plus de 5 000 mètres d’altitude le long d’une crête principale s’étendant sur 16 km.

Ceint par des glaciers dont l’altitude ne dépasse guère plus de 2000 mètres, les flancs du Logan s’élèvent sur 3500 à 4000 mètres de hauteur ce qui confère à ce sommet l’une des prominences les plus importantes du globe, largement comparable (et souvent supérieure) à celle de la plupart des massifs himalayens.

Google Earth - Logan

La cime principale du Logan s’élève à 5959 mètres d’altitude. Néanmoins, le manque d’oxygène au sommet du Logan est comparable à la pauvreté de l’air qui règne à plus de 7000 mètres en Himalaya.
En effet, l’épaisseur de la couche inférieure de l’atmosphère (la troposphère qui conditionne la vie sur Terre) varie avec la latitude : 11 km aux latitudes moyennes (Himalaya), 6 km au Pôle Nord, elle est d’environ 8 à 9 km à la latitude du Logan (60° N), soit environ 20% de moins qu’en Himalaya ce qui peut expliquer l’apparition plus précoce de signes de souffrance liés à l’altitude.

Situé non loin de la côte Pacifique, au coeur du parc national canadien de Kluane et du plus grand parc national des Etats-Unis – le Wrangell Saint Elias, le Logan est soumis à une double influence, mélange des dépressions en provenance du golfe d’Alaska et de la météorologie caractéristique des régions arctiques. Par conséquent, les températures y sont polaires et peuvent descendre très bas, même au printemps, comme le prouve le record de froid, pour l’hémisphère nord, enregistré à -77°c en mai 1991. Et les perturbations atmosphériques sont violentes, soudaines et nombreuses (300 jours de mauvais temps en moyenne par an).

Voir les prévisions météo sur le mont Logan

L’ascension du Logan, par la King Trench Route, est une ascension longue, tant en dénivelé qu’en distance, puisqu’elle représente un total d’environ 70 kilomètres depuis le camp de base jusqu’au sommet et retour, et ce pour un dénivelé positif de 3200 mètres (hors portages).

Le Logan a été gravi, pour la première fois, par Albert H. McCarthy, H.F. Lambart, Allen Carpé, W.W. Foster, N. Read et Andy Taylor, en 65 jours depuis le village de McCarthy situé en Alaska. Le sommet fut atteint le 23 juin 1925.
Une excellente chronique de cette première ascension, qui constitue l’un des plus formidables – bien que méconnu – exploits de l’histoire des expéditions polaires et de l’alpinisme nord-américain, est disponible dans le recueil The Canadian Mountaineering Anthology (Lone Pine Publishing).

De nos jours, moins d’une dizaine de cordées se lancent chaque année à l’assaut de la montagne et seules quelques unes parviennent au sommet. On estime le taux de réussite à environ 25%.

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Quelques mots sur le Yukon

Le mont Logan est situé à la frontière avec l’Alaska, à l’extrême sud-ouest du territoire du Yukon. Ce territoire canadien, dont la superficie représente 483 450 km2, soit 90% de la France métropolitaine, ne compte pas plus de 30 000 habitants, dont plus des deux tiers vivent dans la capitale du pays, Whitehorse. La deuxième ville du pays, Dawson City, réunit à peine 1700 habitants.

On imagine aisément à quel point le Yukon est encore un territoire sauvage et quasi déserté par la présence humaine.

L’histoire du Yukon débute véritablement en 1896, lorsque de l’or est découvert sur un affluent de la rivière Klondike, à proximité de la future ville de Dawson. Cette découverte constitue l’amorce de la grande ruée vers l’or qui attire des milliers d’aventuriers dont la quasi-totalité y perdront la santé – voire la vie – et le peu d’argent qu’ils avaient amassé en prévision de ce long voyage. Mais le Yukon y gagne, dès 1898, son autonomie au sein de la Fédération canadienne et se sépare de son voisin, les Territoires du Nord-Ouest, dont il dépendait jusqu’alors. En quelques années, Dawson City, la capitale du nouveau territoire, croît à une vitesse vertigineuse jusqu’à compter bientôt 40 000 habitants – plus que Seattle ou Portland à la même période. C’est l’époque où cette cité, sale et bouillonante, se fait surnommer le « Paris du Nord ».

La ruée vers l’or va faire long feu ; dès 1920, le territoire du Yukon ne compte plus que 5000 habitants et entame jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale une longue récession économique.

La construction de l’Alaska Highway en 1942, entre la Colombie Britannique au sud et l’Alaska à l’ouest, va permettre le désenclavement du territoire et son ouverture vers les autres provinces canadiennes.

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Déroulement de l’expédition

En raison de conditions météorologiques extrêmement défavorables, empêchant tout décollage ou atterrissage, nous avons été bloqués pas moins de 10 jours, à l’aller, sur le petit aérodrome de Kluane Lake et, au retour, au camp de base situé le glacier, à 2750 mètres d’altitude. Nous sommes néanmoins parvenus à atteindre le sommet ouest (West summit) en à peine plus de 8 jours (camp de base – camp de base). Celui-ci, également appelé Philippe Peak, s’élève à 5925 mètres, soit seulement 24 mètres en deça du sommet principal mais est situé 2 km plus en avant sur le plateau sommital.

Compte tenu du temps d’ascension trés réduit qui nous était imparti, le profil d’ascension que nous avons retenu diffère significativement de celui qui est généralement usité. En effet, outre le camp de base, la voie d’ascension se déploie habituellement sur 5 à 6 camps d’altitude, situés respectivement à 3300 m (C1), 4000 m (C2), 4800 m (C3), 5200 à 5400 m (C4 avant le col « Aina Pass »), 5200 à 5400 m (C5 sur le plateau) et, éventuellement, 5400 à 5600 m (C6 sous le sommet). Ces camps sont traditionnellement établis puis approvisionnés dans le cadre de portages successifs ce qui nécessite un minimum de 13 à 14 jours – sans tenir compte d’aucune journée de repos ni de mauvais temps.

Le profil d’ascension qui fut le nôtre est le suivant :

– 26 mai : Camp de base (2750 m) – C1 (3300 m)
– 27 mai : C1 – C2 (4010 m)
– 28 mai : C2 – C3 (4840 m), portage puis retour au C2
– 29 mai : journée off
– 30 mai : C2 – C3 (4840 m)
– 31 mai : C3 – Col (5550 m) – C4 (5220 m)
– 1er juin : C4 – Sommet (5925 m) – C4
– 2 juin : C4 – Col – C2
– 3 juin : C2 – Camp de base

Ce fut donc une ascension particulièrement rapide, avec des charges lourdes, voire trés lourdes, en l’absence de temps suffisant ayant pu être consacré aux différents portages entre les camps.