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Expéditions
Fiche technique

Description : Traversée du Groenland d'ouest en est
Durée : 40 jours (avril / mai 2007)
Pays : Groenland
Lieu de départ : Eqip Sermia (69°N 50°O)
Lieu d’arrivée : Isortoq (65°N 38°O)
Moyens de déplacement : ski nordique
Autre : réalisé en autonomie
Equipe : Guillaume Hintzy, Olivier Le Piouff


Informations pratiques

Le Groenland

Avec 2 700 kilomètres du nord au sud et 1 000 kilomètres dans sa plus grande largeur, le Groenland est la plus grande île de la planète. Son territoire, 4 fois plus vaste que la France, est recouvert à plus de 85% par une calotte glaciaire totalement désertique.  D'une épaisseur de 600 mètres sur les côtes à plus de 3 200 mètres au centre de l'île, cette calotte glaciaire constitue la plus vaste étendue de glace de la planète après l'Antarctique. 

Cerné par la banquise pendant tout l'hiver, le Groenland compte à peine 57 000 habitants dont plus de 90% sont regroupés sur la côte ouest. La côte est, qui possède un climat plus hostile, ne compte que deux zones d'habitation : Ammassalik (3 030 habitants) et Ittoqquortoormitt (540 habitants). Aucun réseau routier n'existe et seul des ferries en été (rarement des avions) ou des hélicoptères en hiver relient les villages.

Le parcours de la TransGroenland 2007

Table de progression



Courbe de progression 

Températures au centre du Groenland (en direct)

Quelques conseils avant de partir

Itinéraire
La traversée Eqip Sermia – Isortoq est un itinéraire long, environ 670 km en ligne droite de la mer à la mer, beaucoup moins pratiqué que la « classique » Kangerlussuaq – Isortoq (environ 530 km en ligne droite). L’accès à la calotte glaciaire par l’ancienne voie des Expéditions Polaires Françaises (EPF) présente une pente moyenne sans difficulté technique. Néanmoins, certains courts passages sont particulièrement difficiles à grimper avec des pulkas pesant plus de 100 kilos. L’orientation ne pose pas de difficulté sur la première partie de l’ancienne voie des EPF (jusqu’à environ 350 m) ; l’itinéraire est parfois moins évident au-delà. Se repérer grâce aux cairns (monticules de pierre) élevés le long de la voie. Il faut compter 3 jours pour faire l’ascension de l’ancienne voie des EPF jusqu’à la calotte glaciaire, parfois moins avec des pulkas allégées et une excellente condition physique.

Sens de la traversée
Nous avons réalisé la traversée du Groenland d’ouest en est. Sur cet itinéraire, le point le plus haut de la traversée est situé à 430 km du départ et à 240 km de l’arrivée. La montée est donc plus régulière mais également beaucoup plus longue que dans le sens inverse. Par ailleurs, jusqu’au point le plus élevé de la traversée, le parcours se fait contre les vents dominants.

Climat
Le choix de la période de la traversée doit se faire en fonction de la condition physique et de la capacité de résistance au froid des participants, mais doit également tenir compte des effets du réchauffement estival sur l’état de la neige et sur la stabilité du terrain (crevasses, ponts de neige, bédières,…).
La grande majorité des expéditions ont lieu en mai / juin à une époque de relative stabilité du climat afin de profiter d’un terrain encore sain et de températures relativement clémentes.
Notre expédition a, quant elle, débuté début avril, à la sortie de l’hiver, et a pris fin début mai. Pendant les 20 premiers jours de la traversée, nous avons été confronté à des températures particulièrement basses comprises entre -20°c et -40°c sous abri, à une instabilité météorologique importante, liée au passage d’une saison à une autre, accompagnée de vents violents.

Terrain
En raison d’importantes chutes de neige pendant les deux semaines ayant précédé notre départ, notre progression a été ralentie par une épaisse couche de poudreuse pendant la première semaine de l’expédition. En revanche, nous avons par la suite profité d’un terrain dur et relativement plat jusqu’au sommet de notre traversée, avec peu de crevasses ouvertes ou ponts de neige (à l’exception de la zone située dans l’axe du glacier se déversant dans le fjord d’Ilulissat). La descente vers Isortoq est beaucoup plus chaotique : de nombreuses congères coupent perpendiculairement la trace ralentissant sensiblement la progression.

Equipement
Nous avons fait le choix de réaliser la traversée en autonomie complète (sans ravitaillement, sans voile de traction,…).
Nous sommes partis avec une tente principale (North Face VE25) et une tente de secours (North Face Westwind), ainsi que deux réchauds MSR Dragonfly (en cas de défaillance de l’un des deux).
Il est important de se doter de tout le matériel nécessaire (pièces de tissus, colle forte, ruban adhésif, nécessaire de couture, arceaux de rechange, outil multifonctions…) pour pouvoir réparer les tentes, réchauds, matelas gonflables, vêtements, gants, etc…
Plus le départ est donné tôt dans la saison, plus il faudra emporter un bon équipement thermique ; nous disposions d’une veste en duvet (North Face Summit) chacun, d’un sac de couchage en synthétique (North Face Dark Star) et d’un sac de couchage en duvet (North Face Inferno). A l’usage, sur ce type d’expédition et malgré la relative sécheresse à l’intérieur du Groenland, le sac de couchage en synthétique se révèle beaucoup plus facile d’utilisation et plus polyvalent. Beaucoup moins sensible à l’humidité présente dans la tente, il garde tout son pouvoir calorifique même mouillé (gelé). Il est certes plus volumineux et plus lourd mais ces inconvénients ne sont pas aussi sensibles avec une pulka qu’avec un sac à dos.
Concernant l’orientation et la sécurité, nous sommes partis avec une balise Sarsat, deux téléphones satellite, un GPS, deux boussoles, une carte des zones de départ et d’arrivée, ainsi qu’un panneau solaire pour recharger tout notre matériel électrique. Il n’est pas nécessaire d’emporter un fusil, le risque de croiser un ours étant inexistant dans la zone de départ et très faible dans la zone d’arrivée.
Afin d’assurer sa sécurité au début et à la fin de l’expédition, il est nécessaire de prévoir tout le matériel classique de progression sur glacier et de sortie de crevasses.
Enfin, une dernière recommandation : toujours partir avec du matériel neuf ; certains matériels qui nous semblaient neufs, mais dont nous ne connaissions pas le degré d’usure, nous ont joué des tours.

Bref historique des traversées du Groenland

Jusqu’à la fin du 19ème siècle, l’intérieur des terres du Groenland était totalement inconnu.

En 1888, Fridtjof Nansen réalise, en 40 jours, la première traversée du Groenland, sur environ 500 km, au sud du 65ème parallèle.
Quatre ans plus tard, celui qui consacrera sa vie au Pôle Nord, l’américain Robert Peary, réédite l’exploit de Nansen. Il faudra attendre 1909 pour que ce même Robert Peary revendique la conquête du Pôle, avec l’aide de traîneaux à chiens. Si il fut de manière certaine le premier homme à atteindre 88° de latitude nord, sa victoire sur le Pôle est, en revanche, sujette à caution.
L’explorateur polaire Knud Rasmussen réalise la traversée en 1912, puis Paul-Emile Victor accompagné de Robert Gessain, Michel Perez et Eigil Knuth est le premier français à traverser l’inlandsis en 1936, avec l’aide de traîneaux à chiens.

Au cours des dernières décennies, quelques grands noms de l’exploration polaire ou de l’alpinisme se sont confrontés à cette traversée mythique.
En 1988, Jean-Louis Etienne, le premier homme à avoir atteint le Pôle Nord à skis et en solitaire, prépare au Groenland la traversée du continent antarctique en traîneaux à chiens qu’il conduira, un an plus tard, avec Will Steger.
En 1993, Reinhold Messner, le premier homme à avoir gravi les 14 sommets de plus de plus de 8000 mètres de la planète et à avoir atteint le sommet de l’Everest sans oxygène, et son frère Hubert tentent la traversée mais sont arrêtés par de mauvaises conditions météorologiques.
En 1993 également, la légende polaire Marek Kaminski, le premier homme à avoir atteint le Pôle Nord et le Pôle Sud en autonomie totale et sans assistance, tente et réussit la traversée.
Puis Laurence de la Ferrière, qui a établi plusieurs records mondiaux féminins d’ascension en haute altitude et sans oxygène et fut la première française à atteindre en solitaire le Pôle Sud, se lance dans la traversée en 1995 en compagnie d’Alain Hubert.
La même année, Antoine de Choudens, du Groupe Militaire de Haute Montagne, réalise également la traversée ; peu connu du grand public, il est pourtant le premier homme au monde à avoir atteint les « 3 Pôles » sans assistance : le Pôle Nord en 1996, l’Everest (sans oxygène) en 1997 et le Pôle Sud en 1999.
Enfin, Mike Horn, qui depuis a réalisé un tour du monde par le cercle arctique, puis a atteint le Pôle Nord en compagnie de Borge Ousland, réussit la traversée en 2002, après une tentative infructueuse en 2001.

Transgroenland 1936 - Revue du CAF de juillet 1937


Une photo de l'expédition au Groenland des EPF en 1967-68


(avec l'aimable autorisation de Georges Gadioux)

 

 

 

 

 

 

 

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