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Camp de base, le 9 octobre 2009
 

Il a neigé abondamment pendant six jours. Six jours pendant lesquels la montagne s’est chargée de plus d’un mètre cinquante de neige. Six jours qui ont mis un terme définitif à nos espoirs de sommet.

Nous aurons tout tenté. Mais, sur une montagne comme le Manaslu, réputée pour son fort risque d’avalanches qui sont à l’origine d’un accident mortel sur deux, s’aventurer vers le sommet dans ces conditions relèverait de l’inconscience. Pas un sherpa ne souhaiterait nous y accompagner. Qui plus est, le retour du beau temps s’accompagne désormais d’un fort vent de très haute altitude qui nous contraint à espérer une improbable fenêtre de calme relatif.

Les deux dernières équipes présentes sur le Camp de base, l’une mexicaine, l’autre française, avec lesquelles nous avons étudié la possibilité d’unir nos forces – constituer une équipe commune de sherpas, identifier et rééquiper en cordes fixes les quelques zones les plus dangereuses, n’emporter qu’une seule tente par équipe que nous aurions installée successivement aux anciens emplacements des Camps 2, puis 4, pour tenter d’atteindre le sommet en un assaut rapide et léger – ont définitivement quitté le Camp de base ou sont sur le point de le faire.

Nous avions besoin de deux minuscules jours de temps clair pour atteindre le sommet dans la nuit du 3 au 4 octobre ; l’Himalaya nous a offert six jours de tempête, en une formidable queue de mousson comme il en survient rarement à cette époque de l’année, qui ont définitivement condamné tous nos espoirs.

C’est avec une immense déception que nous quittons cette montagne tant espérée. Voici venu le temps des adieux à nos sherpas, nos cuisiniers et tous ceux avec lesquels nous avons partagé une vie d’expédition intense pendant cinq semaines. Voici venu le temps des adieux au Népal et à la montagne qui, comme d’habitude, furent les vecteurs d’une expérience marquante et sublime. La douleur est grande. Nous quittons le Manaslu, vides. Vides de toute énergie. Nus de toute ambition. Ne reste que les souvenirs. Qui, déjà, font la mélancolie.

Nous reviendrons.
Guillaume Hintzy



- - Post scriptum - -
Deux jours. C’est également le temps qu’il a fallu à une opération de sauvetage – désespérément lente – pour rapatrier, en hélicoptère, Franz Oderlap vers Katmandou. Deux trop longues journées qui lui ont été fatales. Nous adressons toutes nos condoléances et nos plus vifs regrets à sa famille et à son compagnon de cordée, Davo Karnicar.


Comme chaque semaine, le témoignage de l’un des membres de l’expédition.
« Cette expédition fut le moyen de découvrir un monde de contrastes, des côté pile et coté face très marqués. C’est se réveiller sous la douceur des premiers rayons du soleil, à pratiquement étouffer sous la tente, puis se retrouver, quelques minutes plus tard, engoncée dans sa doudoune, sous un nuage de neige.

C’est aussi vivre l’émulation collective d’un départ pour les camps d’altitude et, à l’inverse, se retrouver dans des incertitudes face à ses capacités physiques ou mentales ou devant ces éléments aussi hostiles, qu’instables, que sont ces énormes glaciers. A côté des moments d’efforts intenses où l’on est obligé de dompter tout son corps contre la précipitation et la vitesse, viennent s’intercaler les longues périodes d’attente, de repos et de récupération au Camp de base. Après les moments d’attention et de concentration, chacun se réfugie dans ses livres ou ses pensées pour suspendre ce temps dépouillé de nos occupations quotidiennes. Une expédition, ce n’est pas seulement la conquête d’une montagne ou d’un sommet, mais c’est tout cet environnement à appréhender. »

Laurence Abraham
 
Base Camp, October 9, 2009
 
It snowed heavily for six days. More than five feet of snow. Six days have put an end to our hopes for the summit.

We have tried everything. But on a mountain like Manaslu, known for its high risk of avalanches that have caused a fatal accident out of two, ventured to the summit in these conditions are reckless. No sherpa would have accompanied us. Moreover, the return of good weather goes with a strong high altitude wind that forced us to hope for an unlikely window of relative calm.

The last two teams present on the Base Camp, one Mexican, one French, with whom we have studied the possibility to join forces - form a joint team of sherpas, identify and re-equip the fixed ropes in the most dangerous areas, try to reach the summit in a fast and light attempt - have permanently left the Base Camp or are about to do.

We needed two small days of clear weather to reach the summit on the night of October 3 to 4; the Himalayas gave us six days of storm, a huge end of monsoon as it rarely occurs at this season, which finally condemned all our hopes.

It is with great disappointment that we leave this mountain. Now is the time to say goodbye to our Sherpas, our cooks and all those with whom we shared a life of intense shipping for five weeks. Now is the time to say goodbye to Nepal and the mountain, as usual, were the vectors of a sublime and powerful experience. The pain is great. We leave the Manaslu, empty. Empty of any energy. No more ambition. Melancholy.

We will return.
Guillaume Hintzy
 
Expédition Manaslu 2009 sur internet - www.3poles.fr - www.sgbourse.fr