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A la faveur d’une éclaircie, l’immense masse du Manaslu a surgi. Ses contreforts s’étendent sur des dizaines de kilomètres. Son versant nord-est, que nous emprunterons pour atteindre le sommet, plonge de 4600 mètres vers Sama, le dernier village sur la route qui mène vers les hauts plateaux tibétains. Il y a plusieurs dizaines d’années, le village fut détruit par une immense avalanche dévalant des flancs de la montagne, puis fut reconstruit en un lieu moins exposé.
Après deux jours de repos à Sama, nous avons atteint, le 17 septembre, le camp de base situé à 4900 mètres d’altitude. Ici débute le pays de l’oxygène rare. Ici, l’air s’est débarrassé de 50% de son oxygène entrainant, chez certains d’entre nous, les premiers symptômes du mal des montagnes : maux de tête, nausées, vomissements.
Nous avons été rejoints à Sama par Michel Fauquet, dit Chouqui, et Derek Mayne, un canadien, avec lesquels nous partageons notre permis d’ascension et les commodités du camp de base. Ils seront accompagnés dans leur ascension par Niima Kancha. Quant à notre équipe, elle sera assistée de Mingma Tsering, Phu Dorje et Then Dorje. Tous de l’ethnie Sherpa du Népal.
Notre camp est installé en amont des six autres équipes présentes sur la montagne cette année. Le temps est clair et la voie d’ascension se dessine nettement : un long plateau glaciaire qui se redresse jusqu’au Camp 1 (5700 mètres), puis une traversée horizontale sous de gigantesques séracs – certainement l’une des sections les plus exposées – avant d’entamer l’escalade d’une pente de neige fortement inclinée qui conduit au Camp 2. Dans ce gigantesque dédale, il faudra être rapide afin d’éviter d’être emporté par les mouvements imprévisibles des glaces enchevêtrées.
Rendez-vous dans une semaine !
Désormais, chaque semaine, nous tenterons de vous transmettre le témoignage de l’un des membres de l’expédition. Cette semaine, Michel Vincent inaugure cette tribune libre.
«Ca y est ! Nous y sommes. Nous avons franchi les portes du froid « Bab Berred» !
Les derniers jours furent de chaleur et de senteur et, souvent, de remugles. Les silhouettes des femmes enchantaient nos regards, les enfants étaient espiègles et sales. Avant l’eau coulait sauvage, puissante et abondante. Le peuple tibétain exilé près de la frontière de son pays se veut un peu brigand. Nous avons abandonné avec la chaleur le pays Gorkha et les peuples gurung et limbu.
La haute montagne frappe, cerne, serre et enserre. La fée des glaces nous ouvre ses bras. Et nous titubons pour boire l’altitude. L’organisme s’adapte avec peine. La jouissance n’est pas encore au rendez-vous. Le plaisir se glane. La trace, pour l’instant, se devine dans les cailloux et bientôt, demain déjà, elle s’inscrira dans la neige. La glace luit au-dessus, là-bas, là haut. La nuit gronde des séracs qui s’écroulent. Vite, je me cajole, me rassure dans la chaleur du duvet. Mes rêves et mes fantasmes vont déployer leurs ailes pour me faire pèlerin, héraut et vagabond à côté des dieux des cimes.»
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